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Les Eparges - Historique des combats

samedi 8 décembre 2018, par Jean Paquerault


Les Eparges - Historique des combats

Occupée dès la mobilisation par les troupes de couverture du 6ème Corps d’armée, la région des Eparges est envahie par les Allemands qui le 7 septembre 1914, après les combats ayant eu lieu sur la ligne : Longuyon - Pierrepont - Joppecourt - Fillières - Audun-le-Roman, ont obligé nos troupes à la retraite.

Après la victoire de la Marne, les Allemands se retirent, mais restent à proximité, et les 19 et 20 septembre attaquent à nouveau en force.

Leur aile gauche se heurte à la 73ème division sur le plateau de Fliry-Lironville, mais le gros des forces continue son avance, prend pied sur les Hauts de Meuse sans toutefois parvenir à briser la farouche résistance du Fort de Troyon et finalement vient occuper le Fort du Camp des Romains et Saint-Mihiel, le 24 septembre 1914.

C’est le commencement de la fameuse hernie de Saint-Mihiel (le saillant de Saint-Mihiel) qui malgré de multiples combats se maintiendra, telle que, jusqu’en septembre 1918.

Au début d’octobre 1914 lorsque commence la guerre de position, les lignes françaises, venant de la tranchée de Calonne, passent sensiblement par la lisière Est du village des Eparges, la hauteur de Montgirmont les villages de Trésauveaux et Mont-sous-les-Côtes, où se fait la jonction avec les troupes de Verdun.

Après des attaques partielles répétées, notamment dans la deuxième quinzaine d’octobre, l’infanterie ne gagne que très peu de terrain et, finalement, ce sera le 14ème Brigade (composée des 106ème RI - 132ème RI - 332ème RI) qui tiendra en permanence le secteur des Eparges.

La colline des Eparges (346 mètres d’altitude maximale) est un éperon oriental des Hauts-de-Meuse d’une longueur de 1500 mètres, situé à 16 kilomètres au sud d’Etain ; elle domine la grande plaine de la Woëvre.

Dans leur avance sur Saint-Mihiel, en septembre 1914, les Allemands avaient pris pied sur cette position et l’avaient aussitôt fortifiée. Sur la crête, ils avaient organisé une position très forte, une sorte de grande redoute bastionnée aux extrémités est et ouest (point P et point X), dont la courtine était fermée par deux lignes de tranchées.

Dès la fin octobre, nous nous étions rapprochés du bastion Ouest et nous nous étions infiltrés dans les bois situés au nord-ouest de l’ouvrage. Les Allemands avaient rattaché la partie ouest au point culminant (cote 346) dont ils avaient fait un bastion formidable. De notre côté nous avions développé notre réseau de tranchées pour en faire une base d’attaque.

L’ouvrage des Eparges défendait les cols conduisant, l’un au village de ce nom, l’autre à celui de Saint-Rémy. Cette hauteur était pour le parti qui la possédait, un merveilleux observatoire permettant d’acquérir la maîtrise d’artillerie sur l’adversaire ; elle offrait un versant à pente raide, créant en faveur des Allemands, une région en angle mort dans lequel ils pouvaient établir des abris et des entrées de galeries de mines absolument à l’abri de nos coups. Le versant français n’était pas à pente plus douce, mais il était battu d’enfilade par les batteries allemandes de la direction de PAREID (Est Nord-Est). Dès lors, toute avance de notre part dans ce secteur allait d’une part supprimer un observatoire d’artillerie important, d’autre part menacer les positions ennemies de la forêt de la Montagne, et indirectement l’occupation de Saint-Mihiel.

Une première attaque des Eparges a lieu en novembre 1914 (menée par le 132ème RI) en vue de l’occupation du bastion Est. Un fourneau créé à proximité du Point X, mais il n’y a pas de résultats positifs.

Au début 1915, le GQG envisage une série d’attaques montant au Bois des Prêtres que dans la région des Eparges, afin de couper la hernie de Saint-Mihiel.

Les combats devaient se dérouler en trois phases distinctes en février, en mars et en avril 1915.

Le 16 février, les deux bataillons du 106ème RI qui cantonnait à Belrupt, recevaient l’ordre de se porter sur la tranchée de Calonne, ils devaient se tenir prêts à attaquer, le lendemain 17, la crête des Eparges.

Le 17, le 2ème Bataillon, suivi du 1er, quitte la tranchée de Calonne avant le jour et, dans la matinée, occupe la première parallèle. A14 heures, quatre de nos fourneaux de mines (1500kg) poussés sous le bastion Ouest sautent ; l’attaque nous permet d’occuper les entonnoirs de la première ligne ; le 132ème RI s’installe dans les tranchées ennemies.

Le 18, les contre-attaques furieuses de l’ennemi nous arrachent notre gain. Le soir même, nous avons tout repris. Le 20 et le 21, nous prenons pied sous le bastion est. Ce premier succès nous a demandé cinq jours : c’est la première affaire des Eparges, menée par les 106ème RI et 132ème RI de la 12ème DI ; les pertes sont sérieuses au cours de ces attaques (300 tués et 1000 blessés pour le 106ème RI) ; les positions conquises sont tenues par le 67ème RI qui perd en quelques jours 18 officiers et 340 hommes mis hors de combat.

Le Commandement décide un nouveau bond au milieu de mars 1915. Après une minutieuse préparation d’artillerie, le 18 mars, nous reprenions l’offensive avec trois bataillons. Nous enlevons la première ligne allemande et la bataille s’engage avec la seconde jusqu’au 21 au soir.

Notre progression toujours lente à l’Est, s’accentue à l’Ouest où nous nous rapprochons du somment (cote 346). Le 27, malgré l’effort des Allemands qui ont relevé leurs troupes, le 25ème bataillon de chasseurs se rapproche encore du bastion principal (ouest).

L’assaut définitif est alors décidé pour le 5 avril (12ème DI renforcée des 8ème et 110ème RI et du 25ème BCP). A 16 heures, deux régiments (106ème et 132ème RI) marchent accolés face à la ligne des crêtes, malgré la pluie qui détrempe le sol ; la 23ème brigade (54ème et 67ème RI) est la droite. Nos hommes tiennent à la nuit une partie de l’ouvrage ouest (Point C), mais à l’Est, des rafales de Minenwerfer les ont arrêtés. Le lendemain 6 avril, les Allemands, par une vive contre-attaque.

Le soir même l’affaire est reprise. Nous enlevons une tranchée à l’Est. La nuit du 6 au 7 avril n’est qu’une longue charge à la baïonnette. Le 7 se passe à supporter les contre-attaques de l’ennemi qui reçoit des renforts à Combres. Heureusement l’artillerie les prend sous son feu : l’ennemi s’arrête, essoufflé. Toute la nuit nous amenons nos renforts et le 8, à 9 heures du matin, l’attaque est reprise. En une heure deux régiments d’infanterie et un bataillon de chasseurs (le 25ème) enlèvent la crête ouest et le sommet. L’effort continue à l’Est.

A minuit nous avons enlevé 1300 mètres de tranchées, dont toute la position centrale, après quinze heures de combat sans répit. Pendant la nuit du 8 au 9 l’ennemi épuisé, nous laisse opérer la relève qui demande quatorze heures, vu l’état du terrain. Un régiment de troupes fraiches va achever la victoire. A 15 heures, il atteint l’extrémité Est du plateau, soutenu par notre artillerie que le brouillard seul arrête. Une contre-attaque ennemie en profite et nous repousse encore ; enfin à 10 heures du soir, après une charge furieuse l’ouvrage nous reste ; jusqu’au 12 avril l’ennemi essaie, mais en vain, de réagir. La 12ème Division d’infanterie a pu prendre pied sur la totalité du plateau du Point P au Point X (ce dernier exclu) mais les Allemands se maintiennent sur tout le flanc Est où sont situés leurs abris. Les lignes se stabiliseront sur cette position.

Peu à peu, nos nouvelles lignes du ravin de Sonvaux (entre le village des Eparges et la tranchée de Calonne) se fortifient ; l’objectif assigné à la 1ère Armée est la crête de Combres face à l’éperon des Eparges. Pendant tout le mois de mai 1915, les actions locales sont incessantes dans ce secteur. Les lignes sont au contact afin d’éviter la bombe et l’obus. Pour hâter l’occupation du Point X un certain nombre de galeries de mines sont creusées.

Ce Point X, en en effet à la crête militaire du mamelon des Eparges n’était à personne, les lignes amies et ennemies se trouvant de part et d’autre. Alors on avait voulu l’attaquer à la mine, chacun des deux adversaires asseyant de détruire, par le travail souterrain, les défenses des ennemis. Ce point devait devenir après de multiples explosions une immense excavation.

Le 7 juillet 1915, les Allemands attaquaient à l’Ouest du Point X ; ils étaient repoussés. Le 8 juillet nous faisons exploser une mine au Point X. L’ennemi répliquait par un bombardement d’artillerie. Le 10 juillet les Allemands font exploser une mine au même point sans attaquer.

Le 11 juillet, l’ordre est donné au 9ème BCP de progresser face à Combres, à la faveur de l’explosion de quatre fourneaux de mine. L’explosion devait avoir lieu à 19 heures et l’attaque poussée à la même heure, avait pour objectif le Point X et la région de l’Ouest de ce point. A 18 heures les Allemands font exploser un camouflet qu’ils font suivre d’un bombardement. Nos mines explosent néanmoins à l’heure prescrite, produisant des dégâts jusqu’à notre tranchée de départ. Le bataillon attaque quand même, sans que les renforts puissent arriver, sans que le ravitaillement en grenades ait pu s’exécuter. On atteint les premières lignes ennemies. Les Allemands se repliant puis s’apercevant des énormes dégâts causés dans nos lignes par nos propres explosions, contre-attaquent. On reprend les positions primitives à 20 heures 30. Dans la nuit du 11 au 12, le bataillon (9ème BCP) reprend l’attaque aux entonnoirs des mines. Une section arrive aux bords elle est de trente ; une autre prend sa place, même résultat. Tous ceux qui peuvent atteindre les entonnoirs ne reviennent plus. Le 12 juillet, on veut accrocher quand même des postes d’écoute aux lèvres de l’entonnoir (Point X) ; les postes du 9ème BCP sont engloutis sous une avalanche de bombes. Les Français essaient d’y accéder par des travaux de sape. Nous n’avions pas conquis le Point X ; les Allemands ne l’avaient pas non plus. Les bords de cet entonnoir sont occupés par nous cependant (4ème compagnie du 18ème BCP et 3ème compagnie du 9ème BCP).

Cette lutte de mines devait se poursuivre aux Eparges pendant tout le deuxième semestre de l’année 1915. Les péripéties les plus émouvantes ont lieu aux dates suivantes :

Le 26 septembre 1915, une mine allemande explose à proximité du Point X, ensevelissant une section entière de la 10ème compagnie du 120ème RI.

Le 28 septembre deux nouvelles explosions font perdre 18 hommes au 324ème RI.

Le 13 octobre 1915 à 1 heure 40, une explosion allemande formidable a lieu au Point X ; à 2 heures 15 deux nouvelles explosions. Enfin à 4 heures 10, quatrième mine, encore plus formidable que la précédente. Au total, deux sections du 303ème RI ont été englouties.

En réplique le 16 octobre, deux mines françaises sautent entre les points C et X.

Cette lutte de mines se poursuit pendant l’hiver 1915-1916. Les grandes attaques sur Verdun de février et tout durant l’année 1916 mettent en sommeil ce secteur, les sapeurs des deux partis étant dirigés dans les régions au Nord de Verdun pour les travaux urgents de tranchées, de barbelés etc...Une poussée de fièvre cependant est à noter dans la région des Eparges (qui sert de pivot à l’offensive allemande) au cours du mois d’avril 1916. Le 23 avril, une mine allemande explose à 4 heures 30, elle cause la mort de 18 hommes au 95ème RI. Une petite attaque allemande a lieu dans la nuit du 18 au 19 sans succès. ; la lutte souterraine reprend entre le 20 et le 30 avril 1916.

Cette lutte souterraine se poursuit ; mines, contre-mines, camouflets se succèdent jusqu’en septembre 1917. Les entonnoirs s’étalaient sur un front d’un kilomètre environ ; ils se répartissaient sur une zone surgissant à mesure que l’on s’éloignait du Pont C, où elle commençait dès que l’on se rapprochait du Pont X, où elle se terminait. La ligne adverse suivait d’assez près les excavations, tandis que notre front s’en éloignait surtout au sud-est (la ligne française était éloignée des entonnoirs de 400 mètres environ au sud-est et de 200mètres au nord-ouest). Les Allemands sont toujours maîtres du rebord sud-est de la crête des Eparges, et le commandement français estimant qu’il lui suffit de tenir les éperons de Montgirmont des Hures, semble avoir renoncé à toute action importante sur cette position, tant disputée durant les années précédentes. Néanmoins au cours du mois d’avril 1917, les travaux de mines se poursuivent et explosions se succèdent. Le 5 avril, sept fourneaux de mines explosent, nous coûtant une centaine de tués ou blessés ; le 12, l’ennemi tente de surprendre nos guetteurs vers le Point C ; le 14, deux petits postes français assis sur un fourneau allemand sont ensevelis à l’est du Point C. Pour riposter à l’ennemi, dont le but évident est de pousser au nord du Point C, il est prescrit, d’abord, d’engager la lutte pied à pied, de couvrir nos postes par des tranchées avancées et d’enrayer, grâce à des tirs d’artillerie précis, toute nouvelle tentative de la part de l’adversaire.

Le début du mois de mai 1917 s’annonce plus calme, le commandement du Génie du 3ème Corps estime le moment venu de ne plus se contenter de riposter et de donner un caractère offensif à la lutte souterraine ; mais il faudrait disposer d’un appareillage électrique trop important et le commandement se refuse à donner suite à ce projet, qui eut permis de se saisir de la croupe Est des Eparges. Notre système défensif devra se resserrer encore de manière à protéger toutes nos sapes ; ses contre-mines seront assez profondes pour passer au-dessous de travaux de l’adversaire. La guerre de mines de l’ennemi se poursuit pendant tout l’été 1917rendant particulièrement pénible la vie et le ravitaillement de nos unités. Dans la nuit du 25 au 26 juin deux mines allemandes explosent sur la crête des Eparges (16 tués ou disparus, 12 blessés), sans faire suivre cette action d’une attaque d’infanterie, il se contente de bombarder par Minenwerfer toute la région ainsi que celle de Sonvaux. Le 17 juillet 1917, à 20 heures les Allemands font sauter une nouvelle mine, aux environs du Point C, cette fois, ils lancent trois groupes à l’assaut du Chapeau, à l’est de la tranchée de Calonne, ils sont repoussés. Le 5 août, c’est à notre tour de faire jouer un camouflet sur le versant nord-ouest de l’entonnoir creusé par l’explosion du 26 juin. Le 16, un camouflet ennemi permet à un groupe ennemi de prendre pied dans la tranchée Gross, dans le secteur de Sonvaux au nord du Chapeau, à 500 mètres à l’est de la tranchée de Calonne ; il en est immédiatement rejeté. Enfin le 31 août 1917, une explosion de mine allemande nous cause quelques intoxications ; il en est de même le 5 septembre.

Le 21 septembre, deux jours après la relève de la 131ème Division par la 42ème, une équipe de sapeurs français fait exploser une mine de plusieurs tonnes au Point C sans que l’infanterie tente la moindre progression.

Le 29, une autre mine allemande saute également dans le même secteur, sans donner lieu à quelqu’action. Cependant, le général Vandenberg, commandant le 10ème Corps, s’inquiète d’une reprise de l’activité ennemie dans le secteur de ses deux divisions, en particulier aux Eparges (42ème DI puis 63ème DI à partir du 7 octobre). Dès lors, la guerre de mines subit un ralentissement très marqué ; à partir de la mi-octobre, l’activité des unités françaises tenant au nord le front entre Sonvaux et Damloup, au sud, les zones de Mouilly et Sonvaux, se borne à des coups de main : le 14 octobre, au sud de Bonzée ; le 16, à l’est d’Haudiomont et sur Blanzée, le 25, sur le saillant ennemi de la tranchée de Calonne. Les Allemands, dont l’aviation et l’artillerie ne cessent d’agir sur les cantonnements de la vallée de la Meuse, tentent des incursions dans nos lignes : le 25 septembre 1917 sur les avancées du village des Eparges notamment.

Ce genre d’activité se maintient pendant l’hiver 1917-1918. Cette partie du front reste calme jusqu’au 12 septembre1918, jour de l’attaque exécutée par les armées américaines pour dégager la région de Saint-Mihiel.

Une attaque principale partant de la région Limey, Bois-le-Prêtre vise droit au nord de la région Vigneulles-Thiaucourt, tandis qu’une attaque secondaire, partant des Eparges s’efforcera de rejoindre la première et d’encercler les forces allemandes des Hauts de Meuse et de la hernie de Saint-Mihiel. Le corps colonial français assurera la liaison entre ces deux attaques.

La lutte est très dure. Les Allemands résistent avec acharnement et montent plusieurs contre-attaques. Le 6ème RIC qui attaque le 12 septembre 1918 dans le secteur des Eparges n’atteint toujours pas le Point X, ni le col entre les côtes de Combres et des Eparges. Pendant la nuit les Allemands évacuent leurs arrières laissant sur place leurs mitrailleuses.

Le 13 septembre 1918 à 5 heures, les patrouilles de coloniaux occupent enfin, sans résistance le Point X, et poussent jusqu’au village de Combres. Dans la journée la progression continue et, le soir, l’ennemi se retirait à plus de 10 kilomètres des Eparges où ; pour la première fois depuis quatre années le calme enfin allait renaître.

Le résultat de ces quatre années de lutte se chiffre par la perte de 52.000 hommes pour le seul secteur des Eparges.

A leur mémoire, trois monuments ont été érigés sur la crête ; le premier, à l’extrémité ouest, c’est le monument des « Revenants du 106ème RI » ; au centre, le monument du Coq (12ème DI), à l’extrémité Est, le monument du célèbre Point X d’où l’on a une vue très étendue sur la plaine de Woëvre vers Metz et Longwy.

En 1963, un monument « A la Gloire du Génie » fut érigé grâce à la Section de Metz de la Mutuelle des Anciens du Génie et des Transmissions de l’Est de la France.


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