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Jules Bobillot - 1860 - 1885

lundi 25 mai 2015, par Jean Paquerault, Robert Guignot


Jules Bobillot ( 1860-1885 )

Si le comportement efficace et héroïque du Sergent Jules Bobillot au siège de Tuyên-Quan, a été maintes fois évoqué et justement magnifié, sa carrière civile et ses souvenirs dans Paris sont assez peu connus de nos contemporains et même d’un certain nombre de Sapeurs. Il nous apparaît donc qu’un court rappel de sa biographie et de l’hommage que notre capitale lui a rendu, soit ici rappelé. C’est en effet dans cette ville qu’il va passer l’essentiel de sa brève existence.

Jules Bobillot est né le 10 Septembre 1860, au Faubourg du Temple, aux limites de Paris et de la commune, encore rurale, de Belleville. Cette dernière a été rattachée à la Ville de Paris, au 1er Janvier 1860, pour former avec le quartier de la Place de la République, le 11ème arrondissement. Il se trouve que ce même jour, 10 Septembre 1860, était jouée pour la première fois, la pièce d’Eugène Labiche : « Le voyage de Monsieur Perrichon ».

L’original de l’acte de naissance de Jules Bobillot, n’est plus consultable dans les Archives de l’Etat-civil de la Ville de Paris. En effet, suite au dépôt décennal des archives d’arrondissement à la Ville en 1870 et aux événements de la Commune en 1871, celles-ci ont brûlé dans les deux sites d’archivages : l’Hôtel de ville et le Châtelet.

Jules va grandir, au sein de sa famille, dans un environnement tout à la fois urbain, côté Paris, et semi-rural, côté Belleville. Ce « Gamin de Paris » va commencer sa scolarité dans une école locale, jouer et se divertir entre République, Bastille, le Canal Saint Martin alors à l’air libre, et le Boulevard Richard Lenoir créé en 1859, un an avant sa naissance.

Il poursuivra ses études au Lycée Charlemagne, rue Saint Antoine, près de l’église Saint Paul, dans le 4ème arrondissement. Il va y obtenir le baccalauréat de l’enseignement secondaire, diplôme important, rare et fort apprécié à l’époque.

Jules Bobillot se lance alors dans le journalisme et la littérature. Il est, en particulier, hors de ses articles de journaux, l’auteur de plusieurs romans et de trois pièces de théâtre dont « Une des ces Dames » et « Jacques Fayan ». L’une sera jouée avec un certain succès. Il poursuivra cette activité durant cinq ans.

A 23 ans, en 1883, il va s’engager au 4ème Régiment du Génie à Grenoble, où compte tenu de ses brillantes études et de ses aptitudes il obtient rapidement le grade de Sergent. En 1884, il se porte volontaire pour le Tonkin, où la France envoie un Corps expéditionnaire pour combattre les Chinois. Il n’est pas de ce propos de rappeler ici l’héroïque et historique résistance de la Place de Tuyên-Quan, la blessure et la mort en 1885 du Sergent Bobillot, promu Chevalier de la Légion d’Honneur, à 25 ans. Ses cendres ont été ramenées en France en 1966 et inhumées à Grenoble.

Comment la Ville de Paris a rendu ou rend elle hommage à un de ses plus grands héros ?

Dès 1888, une statue de Jules Bobillot est érigée à l’angle des Boulevards Voltaire et Richard Lenoir, dans le quartier où il avait grandi et passé sa jeunesse. Le Sergent y est représenté, grandeur nature, en pieds, debout en tenue et casque coloniaux, un fusil dans la main gauche et tendant le bras droit comme pour donner un ordre, marchant sur des débris de fortifications. Cette statue, en bronze, due au sculpteur A. Paris, a été enlevée et fondue par les Allemands lors de l’occupation de 1940-1944. Le rédacteur de ces lignes se rappelle avoir vu personnellement cette statue avant la seconde guerre mondiale.

Statue détruite en 1942 (paris1900.lartnouveau.com)

Plaque de la Bobillot (UAGIF)

Une rue de la Capitale perpétue son souvenir. Située dans le 13ème arrondissement, elle comporte des plaques qui indiquent « Rue Bobillot - 1860 - 1885 - Sergent du Génie mort au Tonkin ». Cette rue ouverte en 1893, et dont la construction dura trois ans, a une longueur de 1070 mètres, entre les Places d’Italie et de Rungis, et une largeur de 20 mètres. Elle passe devant l’église Sainte-Anne de la Maison-Blanche, remonte la Butte aux Cailles et traverse la Place Verlaine. De très nombreuses entreprises commerciales portent le nom de notre héros dans leurs dénominations : pharmacie, café, bazar, bijouterie, etc ...

La « Butte aux Cailles » qu’escalade la rue Bobillot, doit son nom, selon divers auteurs, soit aux cailles qu’on y chassait, ce que faisait en particulier le Lieutenant Bonaparte, alors en garnison à Paris, soit aux propriétaires des terrains de la butte : les « Cail ». Certains de ces auteurs ( mais ce sont, sans doute, de mauvaises langues !) insinuaient que les « cailles » que chassait Bonaparte, n’étaient pas toujours celles qui volent !

La Place VerIaine, ainsi dénommée en 1905 en l’honneur du poète, est l’ancienne « Place du puits artésien » . Elle est au carrefour des rues : Bobillot, de la Butte aux cailles et du Moulin des prés, ce qui dénote le caractère rural du quartier, à cette époque. Elle a pour dimensions 70x65 mètres. Paul Verlaine, est l’auteur des célèbres vers qui servirent de message radio pour « l’Opération Overlord », le débarquement du 6 juin 1944 : « Les sanglots longs des violons ... de l’automne, Blessent mon cœur d’une langueur.... monotone ».

Rapprochement heureux de la toponymie, le Père de Paul Verlaine, Nicolas Verlaine, était Capitaine du Génie.

La Place Verlaine comporte quatre monuments remarquables :
- Le puits artésien. Le forage terminé en 1893, atteint une profondeur de 580 mètres. Il existe toujours, mais ne fait plus l’objet d’installations de surface. Son débit est de 6000 mètres-cube par 24 heures, d’eau ferrugineuse et sulfureuse à 27 degrés centigrades.

- La piscine de la Butte aux Cailles. Construite en 1924, en partie classée monument historique, elle était au début alimentée en totalité par le puits artésien, et comporte plusieurs bassins et solarium.

- Une stèle, dite du bicentenaire du premier vol humain (1783-1983). Une plaque en bronze apposée sur la stèle indique : « Le 21 Novembre 1783 ... dans une montgolfière... Pilâtre de Rozier et le Marquis d’Arlandes... partis de La Muette ... ont atterri ici sur la Butte aux Cailles ... à proximité des moulins ... ayant parcouru en une demi-heure, neuf kilomètres. ».

A noter qu’une stèle identique existe Place de Colombie ( Porte de La Muette ) pour indiquer le lieu de départ de cet exploit.

- Un buste du Sergent Bobillot. Ce buste en pierre de 0,8 mètre est disposé sur un piédestal en pierre et maçonnerie d’une hauteur de 1,6 mètre. Sur la face avant de ce support est portée l’inscription « Au Sergent du Génie Bobillot, Défenseur du Tuyên-Quan - 1860-1885- et à ses compagnons morts en Extrême-Orient » et y est sculpté un petit bas-relief représentant une fortification, ainsi que la décoration de la Légion d’Honneur. Sur la face arrière, bas-relief de l’insigne du 4ème Régiment du Génie.

- Ce monument a été érigé en 1959, pour remplacer la statue disparue. C’est un membre de l’Union Amicale du Génie de l’Ile de France, Monsieur Lucien Katranzis, qui a réalisé le piédestal. Une inauguration eut lieu sur place en la présence effective du Président de l’UAGIF de l’époque, Monsieur Larrieu.

A titre plus général, existe également à Paris, dans le 16ème arrondissement, entre les Portes de Passy et de La Muette, un « Square des Ecrivains Combattants, Morts pour la France ». Ce square est situé entre le Boulevard Suchet et l’Avenue du Maréchal Maunoury. Nous pouvons légitimement y associer le souvenir de notre héros.

Nous espérons que ces quelques informations complèteront vos connaissances sur cet écrivain, plus connu sous le nom du « Sergent du Génie Jules Bobillot ».

Robert Guignot

2015

Le monument place Verlaine (UAGIF)

Insignes du 4° RG (collection JP),
- à gauche fabrication Augis 1939,
- à droite fabrication Drago H 211.


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